Je suis intéressée à plusieurs titre par la prématurité, d'une part parce que je suis maman d'un grand prématuré et que ses "soucis" actuels sont directement liés à cette prématurité , d'autre part, parce que c'est mon travail : j'étais à l'époque infirmière en néonatologie et nous recevions des grands prématurés comme Luca et même plus jeunes.
Aujourd'hui, afin d'être plus disponible pour mon fiston, je travaille plus près de chez moi, en pédiatrie et en néonatologie (en alternance). Il n'y a plus de réanimation comme dans mon ancien hôpital mais je ne m'en plains pas, il est plus difficile de conserver un optimisme à toute épreuve quant à l'avenir des bébés et de leurs familles quand on n'a pas eu la chance d'avoir un préma qui va bien.
Je vais donc tâcher de faire un topo exhaustif de la prématurité et de ses risques.
Je reviendrais plus loin sur l'incidence sur les parents, et surtout pour la mère.
On parle de prématurité en dessous de 37 semaines d'aménorrhée (soit le premier jour des derniers règles).
L'OMS (Organisation Mondiale de la Santé) préconise une réanimation à partir de 22 semaines d'aménorrhée et de 500 grammes de poids. Peu de service de réa le font effectivement car à ces termes les séquelles sont de l'ordre de 100%.
Problèmes pulmonaires
Le tout premier risque, pouvant mettre en jeu le pronostic vital, est d'ordre pulmonaire. Les poumons du prématuré sont immatures, il leur manque une substance, le surfactant, qui tapisse les alvéoles pulmonaires et évitent qu'elles ne collabent. C'est la MMH (Maladie des Membranes Hyalines).
De nos jours l'injection à la mère de corticïdes permettent aux poumons de maturer intra utéro, même chez de très grands prématurés
De plus en cas de MMH, on injecte en intra-trachéal la substance qui manque : le surfactant (Curosurf).
Les broncho-dysplasies pulmonaires qui résultaient des intubations et oxygénothérapie de longue durée, si elles n'ont pas encore totalement disparues, ont singulièrement baissé depuis mes débuts en néonat.
Les oxygénothérapies pouvaient également entrainer des rétinopathies (avec cécité comme pour Stevie Wonder), mais on controle bien mieux de nos jours les taux d'oxygène et je n'ai jamais vu de cas patent.
Problèmes neurologiques
Les vaisseaux sanguins des grands prématurés et des prématurissimes (nom donné pour les très grands prématurés de moins de 28 SA (semaines d'aménorrhée) sont très fragiles, les problèmes d'hypothermie ,ils ne régulent pas leur température et leur environnement doit être parfaitement controlé, d'où les couveuses. Les hypothermies entrainent des bradycardies (diminution du rythme cardiaque), des hypoglycémies (baisse du taux de sucre dans le sang), des apnées (pauses respiratoires).
La manipulation des prématurissimes peut elle aussi entrainer des hémorragies, c'est pourquoi il est recommandé de transférer la mère AVANT accouchement dans un centre capable de prendre en charge les grands et très grands prématurés, afin de leur éviter un transport après la naissance.
Il est très difficile de connaitre à l'avance qu'elles seront les séquelles neurologiques, car l'hémorragie peut se résorber sans laisser de trace, comme elle peut laisser place à une ischémie (mort des tissus). Ce ne sera qu'à partir de 5 semaines que les lésions s'installeront de manière définitive.
Problèmes digestifs
Le système digestif n'est pas mature non plus et le bébé sera alimenté par sonde gastrique (la succion serait inefficace et bien trop épuisante).
Outre le risque d'entéro-colite ulcéro nécrosante (une partie du tube digestif meurt) de plus en plus rares (du moins dans les centres où j'ai travaillé), le bébé a parfois beaucoup de mal à se décider à têter.
Le prématuré a également souvent un reflux gastro-oesophagien, qui peut entrainer malaises et difficultés alimentaires.
Comme on peut le voir le trajet vers la vie d'un prématurité n'a rien de facile. Les progrès en néonatologie, relayés par les médias, laisse accroire que la prématurité n'est de nos jours, plus un problème quel que soit le terme. C'est faux. Les risques existent et, croyez moi, pour nombre de parents ça peut être une grande claque .
Luca a 8 jours de vie.
Poids de naissance 1080 grammes, il devait être à environ 1000 grammes sur la photo .
Il a une sonde gastrique dans la bouche, un cathéter central pour perfusion (à la main), des électrodes pour la suveillance cardiaque, une poche à urines pour la surveillance de la diurèse (urines sur 24h)
On peut voir la taille de ma main derrière sa tête
J'ai reçu avant sa naissance trois doses de corticoïdes et Luca n'a pas eu de problèmes pulmonaires, il a respiré seul de suite et n'a jamais été intubé. Il a quand même eu besoin d'une petite aide via une ventilation nasale à 21% d'O2 (le taux normal de l'air ;o)
A 3 jours de vie que nous avons appris qu'il avait fait une hémorragie péri-ventriculaire (sous le premier ventricule, le cerveau en comportant 4 si ma mémoire est bonne).
Le risque majeur de l'hémorragie péri-ventriculaire est l'hydrocéphalie. Le ventricule est bouché et ne peut évacuer le liquide céphalo-rachidien qui est fabriqué (ce qui sa tache d'ordinaire) le liquide reste donc là et le ventricule se dilate, puis celui d'à coté etc ..
Chez les bébés, les fontanelles permettent une dilatation importante et une meilleure tolérance en limitant l'hypertension intra-cranienne qui entrainerait une souffrance cérébrale.
Un autre risque de l'hémorragie c'est la leuco malacie , une atteinte de la substance blanche (là non plus il ne s'agit pas d'une souffrance cérébrale comme dans les atteintes des noyaux gris) .
Pour ceux que cela intéresse (car je ne me lancerais pas dans un cours !) :
http://www-sante.ujf-grenoble.fr/SANTE/corpus/disciplines/pedia/nouveaune/21/lecon21.htm#
Et comme dans la pub "on veut tout" , Luca a une hydrocephalie et une leucomalacie péri-ventriculaire .
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