Vendredi 16 septembre 2005
L'annonce du handicap est quelque chose de redoutable. Tant pour le personnel soignant, médecins, infirmières que pour les parents. D'autant que dans le cas des prémas, il est impossible de savoir et dire quel sera la nature du handicap ni son importance.
Combien ai je vu de bébés pour lesquels le pronostic était sombre et qui, pourtant, se développent bien (marche, langage), et d'autres pour qui hélas ce n'est pas le cas.
Luca fait partie de la deuxième catégorie. A 3 ans il ne marche pas et nul ne saurait dire s'il marchera un jour ou pas.
Il se sert très peu de son bras droit, associant une hémiplégie et une paraplégie spastique.
Le langage aussi a pris du retard.
La spasticité est due à la lésion péri ventriculaire. Elle touche la commande des muscles moteurs. Le cerveau envoie un ordre de contraction permanente.
Il y a d'autres type de troubles liés aux mêmes lésions pour d'autres enfants. De plus, deux enfants présentant très exactement la même lésion , au même endroit, n'auront pas pour autant les mêmes difficultés ni les mêmes évolutions. C'est le flou le plus total.
Revenons en à l'annonce du handicap.
Les parents entendent rarement les mots ou, du moins, les rejettent, niant ainsi le handicap à venir. Cette situation peut durer longtemps . Ce refus, s'il est naturel, ne va pas dans le sens d'une bonne évolution pour l'enfant. Plus le handicap est pris en compte précocément, meilleurs seront les progrès.
Pour nous, ce fut différent, de par mon travail, la simple mention de l'hémorragie, puis de la leucomalacie fut suffisante pour anticiper les soucis à venir, même si nous ignorions alors la forme qu'ils prendraient.
Il nous fallut prendre rapidement une décision, en effet à 34 semaines, la dilatation ventriculaire était telle qu'elle mettait en jeu le pronostic vital en entrainant une pression sur le tronc cérébral, et par là, des apnées à répétition.
Des ponctions lombaires itératives permirent de soulager quelque peu la pression mais cela ne pouvait durer . Il fallait dériver.
La dérivation ventriculo-péritonéale, permet via un drain de dériver le liquide céphalo-rachidien jusque dans le péritoine où il se résorbe naturellement.
Nous décidâmes et en informèrent le médecin que si les lésions étaient trop importantes et risquaient de faire de Luca un légume, il ne fallait pas dériver. D'un autre coté, nous acceptions le handicap si les fonctions intelectuelles étaient conservées.
Il fallut penser et décider vite.
Nous choisîmes la vie et Luca fut opéré une première fois .
Nous espérons que jamais il ne nous le reprochera (du moins pas plus qu'un ado normal ;o)
Il a été réopéré depuis deux fois . Une fois pour la pose de la valve (pour réguler le débit d'évacuation et éviter les retours) et une deuxième car un germe sur la valve a entrainé une méningite bactérienne, nécessitant la dépose du matériel et sa repose de l'autre coté.
C'est un costaud mon fils !
On a beau savoir qu'il y aura obligatoirement un handicap, on ne peut que le souhaiter le plus bénin possible. Le moins visible aussi . Tout le monde a en tête l'image des IMC (infirme moteur cérébraux, comme Luca) qui par atteinte des muscles du visages bavent et donnent l'impression d'une atteinte mentale, alors que leur intelect n'est pas touché. Nous avons beaucoup de chance que l'aspect physique de Luca soit avenant.
Accepter le handicap c'est également chercher et trouver des solutions pour faire avancer l'enfant. C'est l'autonomiser et le sociabiliser. C'est son avenir qui se joue là .
Le handicap c'est aussi accepter le regard des autres et apprendre à l'enfant à l'accepter. Bien sur il y a des regards curieux et malsains. Mais la plupart des gens sont peinés qu'un tout petit puisse être déjà en fauteuil roulant et s'intéresse en toute honnêteté et générosité. Nous avons longuement expliqué à Luca son handicap lorsque ce fut nécessaire car les enfants découvrent un jour qu'ils sont différents et en souffrent. Et nous avons expliqué le regard d'autrui.
Effet pervers, il en profite quelquefois ;o)
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